Que ce soit sur internet ou dans la vraie vie, il n'est malheureusement plus si rare d'entendre le racisme s'exprimer de manière totalement décomplexée. Il arrive souvent aussi qu'on soit alors pris de court, ou de se sentir démuni face à une agressivité et une bêtise qui peuvent laisser croire à votre interlocuteur que vous n'avez pas d'arguments contre lui, et qu'il considérera alors comme une preuve que ce qu'il avance est juste.
Ce que je vous propose ici, c'est une sorte d'argumentaire destiné non pas à retourner votre adversaire idéologique (on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif), mais juste à le pousser dans ses retranchements, un peu à la manière dont les "manuels d'auto-défense intellectuelle" fonctionnaient.
En général c'est lorsque vous entendrez "c'est toujours les mêmes", ou "on sait bien qui", "immigration incontrôlée", "Grand Remplacement", etc... que la conversation dégénère.
Pour ne pas brusquer et faire fuir votre interlocuteur, admettez alors l'hypothèse qu'il pourrait y avoir un "problème", afin de le mettre en confiance. Puis enchaînez en prenant le lead sur la conversation : "alors c'est quoi ton problème du coup, l'immigration ou la religion ?" Certains répondront l'un ou l'autre (rarement les deux ensemble car ils sentent le piège, suivant le degré d'agressivité et de bêtise auquel ils sont parvenus).
1- Si c'est l'immigration, de quelle immigration parle-t-il : l'Ukraine, les USA ? Si son racisme concerne les Noirs et les Arabes, votre interlocuteur vous parlera alors directement de culture et de Religion, et vous lui répondrez "et les Chinois alors ?". Coincé, il tentera alors de se défendre en se réfugiant direct sur la religion... et l'extrémisme. L'avantage que vous avez sur lui est que vous savez pertinnement où il veut en venir. Vous pouvez alors poursuivre.
2- Si c'est la religion, alors ce n'est pas l'immigration du coup ? mais quelle religion ? Le catholicisme, le judaïsme, le bouddhisme ? Votre interlocuteur évoquera alors l'extrémisme. Son problème n'est pas la religion bien sûr puisqu'il se prétend ouvert. Non son problème c'est l'extrémisme. Vous pouvez alors taquiner votre interlocuteur en lui demandant si c'est plutôt l'integrisme catholique qu'il craint ou le millénarisme des évangéliques, des juifs ?
Là il vous parlera bien entendu de l'islam, ou de l'islamisme, des Arabes ou du terrorisme, amalgamant tout ça comme lui ont bien appris nos nombreux propagandistes déguisés en journalistes.
C'est à ce moment qu'il vous faudra alors temporiser car il est possible que votre interlocuteur commence à s'énerver ; sans doute certains quitteront même la conversation après votre relance : "Mais alors ton problème c'est donc l'islam ou l'islamisme ?" Pouvez même enfoncer le clou : "moi l'islamisme, qu'on lutte contre me paraît évident,... mais l'islam ?" Soit votre interlocuteur tentera alors de vous faire croire que son problème "n'est que" l'islamisme, soit il est déjà lui-même tellement radicalisé qu'il dira qu'islam et islamisme c'est finalement la même chose, l'un entrainant l'autre, évoquant un Grand Complot Mondial dans lequel les musulmans qui se font discrets sont des Fréristes qui se dissimulent, tandis que ceux qui assument leur religion font de l'entrisme. Ne laissant ainsi aucun espace pour les 99% de musulmans modérés et pacifiques que comptent nos compatriotes musulmans.
Mais laissons donc le second un instant, et occupons-nous du premier : demandez-lui alors comment il distingue un islamiste d'un musulman, et quels sont les critères qu'il utilise... à ce moment soit il devra admettre que le nombre d'islamistes est si faible qu'on ne peut décemment les considérer comme le danger principal pour notre pays, d'autant que des Lois anti-terroristes existent, les Renseignements fonctionnent et que ces gens sont heureusement pour la plupart fichés, suivis et surveillés. Soit il rejoindra alors le second pour mélanger tout ça, ce qui vous permettra alors de le pousser dans ses retranchements : "ça fait combien d'islamistes du coup ? Cinq, six millions de musulmans/islamistes ? Tous prêts à se jeter sur les "non-islamistes" pour les égorger s'ils refusent d'appliquer la charia (qui peut vraiment vouloir de ça pour lui et les siens, voilà qui ma toujours interrogé) ? Evidemment cela ne tient pas 2 secondes, mais certains, les plus radicaux, y croient vraiment (ou ne veulent pas céder à la raison, car il est toujours pénible d'avoir tort).
Dans ce dernier cas, si votre interlocuteur n'a pas encore abandonné le combat, demandez-lui alors ce qu'il compte faire pour régler le problème de ces millions d'islamistes plus ou moins tapis dans l'ombre : interdire l'islam ? Et comment ? De force ? Interdire le voile ne ferait qu'invisibiliser une partie visible de ces gens, pas leurs convictions ! Des camps de rééducation comme en Chine dont ils dénoncent pour la plupart les agissements ? La "remigration" d'au moins 5 millions de personnes ? où, comment, avec quelles méthodes, quel budget, quels critères ? Et les enfants, et les "double-cultures", et les descendants de 3 ou 4 générations, comment les retrouver, les distinguer ? Avec les méthodes des nazis ? Des rafles, des "croissants de lune" portés sur leurs vêtements pour les distinguer des autres ?
A priori c'est à ce moment que devrait se conclure votre conversation.
Mais n'attendez-pas de votre interlocuteur qu'il s'excuse ou qu'il vous donne le point, juste terminez en constatant juste le ridicule de ce qu'il avance : "tu vois bien que tout ceci n'a aucun sens, c'est vraiment ridicule". Vous arrêterez là, et peut-être réfléchira-t-il alors, un peu plus tard, à la stupidité de ce qu'il avançait au départ de votre conversation.
Caleb Irri